Étudier les idées politiques en contexte numérique
Journée d’étude, Centre des Colloques du Campus Condorcet à Aubervilliers
21 septembre 2026
Échéance des propositions : 15 juin 2026
Organisé par :
- Bastien Roques-Colas (CÉMTI, Paris 8)
- Arnaud Miranda (Tech-ILL, Inalco)
Contenu de l’appel
Les transformations contemporaines de l’espace public, sous l’effet de la généralisation des technologies numériques, invitent à reconsidérer les conditions de production et de circulation des idées politiques. Loin des supports institutionnels et canoniques, les idées politiques se déploient désormais dans des environnements sociotechniques caractérisés par l’hybridation des formats, la circulation accélérée des contenus et la diversification des acteurs. Dans ce contexte, l’étude des idées politiques ne peut se limiter ni à une analyse internaliste des doctrines, ni à une sociologie des intellectuels. Elle suppose d’intégrer les conditions sociotechniques de leur diffusion, ainsi que la diversité des formes discursives dans l’espace numérique. Il est essentiel de prendre en compte le caractère réticulaire et fragmenté des nouvelles formes de circulation, et comment celui-ci bouscule les cadres classiques de l’interprétation des idées politiques.
Cette journée d’étude vise plus largement à fédérer les chercheuses et chercheurs intéressés par l’étude des idées politiques en contexte numérique. À la rencontre de plusieurs champs d’études issus de diverses disciplines, l’enjeu est d’explorer les enjeux méthodologiques et épistémologiques – voire éthiques – de ce champ en construction.
Les propositions pourront s’inscrire dans les axes suivants :
Axe 1 : Quelles méthodes pour enquêter sur les idées politiques en ligne ?
Cet axe vise à interroger les implications méthodologiques et épistémologiques de l’étude des idées politiques en « terrain numérique » (Alexandre 2024) : comment adapter les outils de l’ « histoire sociale des idées politiques » (Matonti 2012) à des objets caractérisés par l’instabilité des supports, la multiplicité des formats et la circulation à grande échelle ?
Plus précisément, nous souhaitons explorer les usages qui peuvent être faits des dernières méthodes computationnelles développées pour analyser (Tainturier 2026, Lemor et Boursier 2026) et cartographier (Gilliotte 2024) les contenus politiques dans les espaces numériques dans l’histoire des idées. Comment mettre en place des méthodes mixtes, associant traitement de grandes bases de données et analyse qualitative, qu’il s’agisse d’une « ethnographie computationnelle » (Bozalka 2026) ou d’une « histoire numérique des idées politiques » (Miranda 2026) ? Enfin, se pose la question de la constitution du corpus : peut-on se satisfaire des « traces numériques » acquises par les méthodes de l’Osint (Limonier et Audinet 2022, Deneuville 2025) au détriment des acquis du terrain hors-ligne ? Quelles (dis-)continués existent entre les terrains hors et en ligne dans la construction d’un corpus ?
Il s’agira aussi d’interroger l’outillage conceptuel pour décrire les modalités de diffusion des idées politiques : comment celles-ci se transforment au cours de leur circulation voire de leur « propagation » (Boullier 2022) sur différentes plateformes ? Comment intégrer les enjeux de circulations transnationales et translinguistiques (Rioufreyt 2017, Hauchecorne 2019), ainsi que ceux liés aux stratégies d’influence (Audinet et Limonier 2017) ? Plus largement, comment décrire et mesurer les effets politiques de la circulation numérique des idées (Chavalarias 2022) ?
Axe 2 : De nouveaux acteurs ?
Le développement des plateformes numériques a également vu émerger de nouveaux types d’acteurs : blogueurs, influenceurs, podcasteurs, etc. Une attention particulière sera accordée à ces acteurs de la sphère digitale, aux rôles différents, mais mobilisant des discours politiques. De nombreux travaux récents se sont intéressés à cette pluralité d’acteurs dans leur rapport aux idées et au politique, que ce soit les « influenceurs » des réseaux sociaux du secteur de la Tech (Alexandre et Coavoux 2022), les « influenceurs politiques » (Boursier 2026) ou « entrepreneurs idéologiques » (Finlayson 2023), jusqu’aux nouveaux « intellectuels organiques » (Gontijo 2026) assurant la promotion d’un courant politique en ligne au profit d’un parti ou d’un candidat. L’atomisation du milieu du contenu politique invite à penser le rôle que jouent ces acteurs, tantôt inopérants pour les masses (Miranda 2026) ou pleinement engagés dans une élection présidentielle à fort enjeu (Gontijo 2026). Les contributions pourront porter sur des personnalités en ligne en rupture avec la sphère politique jusqu’au contraire, des acteurs mobilisés par les partis pour exister en ligne et assurer leur promotion.
Dans quelle mesure ces acteurs peuvent-ils être considérés comme des intellectuels ? Quelles sont leurs ressources, leurs stratégies de légitimation et leurs modes d’intervention dans l’espace public ? Cet axe invite également à interroger la place analytique qui doit être accordée à ces acteurs : comment les étudier comme producteurs et médiateurs d’idées sans pour autant reconduire leurs propres prétentions à l’autorité intellectuelle ?
Informations pratiques
Les propositions de communication devront être envoyées à Bastien Roques-Colas (bastien.roques- colas@univ-paris8.fr) et Arnaud Miranda (arnaud.miranda@sciencespo.fr). Elles ne dépasseront pas 500 mots et devront être accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique.
Date limite d’envoi : 15 juin 2026.
La journée d’études se tiendra le 21 septembre 2026 au Centre des Colloques du Campus Condorcet à Aubervilliers (Front Populaire, Métro Ligne 12).
Cette journée visant à mettre la lumière sur de nouvelles méthodes et terrains, nous invitons grandement les jeunes chercheuses et chercheurs à soumettre des propositions de communications.
Pour les chercheuses et chercheurs hors Ile-de-France ayant des questions liées au défraiement du trajet et/ou faisant face à des contraintes budgétaires, nous vous invitons à nous contacter pour envisager des solutions.
Bibliographie
Alexandre, Olivier. « Numérique : en quête de terrains ». RESET, vol. 13, 2024.
Alexandre, Olivier et Coavoux, Samuel. « Les influenceurs de la Silicon Valley. Entreprendre, promouvoir et guider la révolution numérique ». Sociologie, vol. 12, n°2, p.111-128.
Audinet, Maxime et Limonier, Kévin. « La stratégie d’influence informationnelle et numérique de la Russie en Europe », Hérodote, n°164, 2017, p. 123-144.
Audinet, Maxime et Limonier, Kévin. « De l’enquête au terrain numérique : les apports de l’Osint à l’étude des phénomènes géopolitiques ». Hérodote, n° 186, 2022, p. 5-17.
Boullier, Dominique. Propagations, Un nouveau paradigme pour les sciences sociales, Paris, Armand Colin, 2023.
Boursier, Tristan. « Métapolitique d’extrême Droite : Usages et Limites d’un Concept », Canadian Journal of Political Science, 2026, p. 1-21.
Bozalka, Dusan. « Une ethnographie en ligne computationnelle et distante des influenceurs complotistes : identifier les pratiques des Anons européens au prisme de leur production de contenu transmédiatique et multiplateforme ». Questions de communication, 2026 (à paraître).
Chavalarias, David. Toxic Data. Comment les réseaux manipulent nos opinions, Paris, Flammarion, 2022. Deneuville, Allan. OSINT : enquêtes et démocratie, Paris, INA Editions, 2025.
Finlayson, Alan. « This Is Not a Critique: Reactionary Digital Politics in the Age of Ideological Entrepreneurship ». Media Theory, vol. 7, n°1, 2023, p. 27-48.
Gilliotte, Quentin. « Identifier et cartographier les producteurs d’analyses politiques sur YouTube ». RESET, vol. 13, 2024.
Gontijo, Caio. « Online Organic Intellectuals: Shoring up Neo-Liberalism in Brazil ». International Affairs, vol. 102, no 2, 2026, p. 579-598.
Hauchecorne, Mathieu. La gauche américaine en France. La réception de John Rawls et des théories de la justice, Paris, CNRS Éditions, 2019.
Lemor, Antoine et Boursier, Tristan. « Youpol: A Collaborative Research Infrastructure and Database for Political Content on Youtube and Tiktok ». SocArXiv, 7 avril, 2026.
Matonti, Frédérique. « Plaidoyer pour une histoire sociale des idées politiques ». Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 59, nº 4, 2012, p. 85-104.
Miranda, Arnaud. Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard, 2026.
Rioufreyt, Thibaut. Les socialistes français face à la troisième voie britannique : Vers un social-libéralisme à la française (1997-2015), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2017.
Tainturier, Benjamin. « Tools and debates in computational studies of online circulation of ideology: The case of the French radical right ». In: Faure, Juliette et al. The Routledge Handbook of Ideology Analysis. 1re éd., Routledge, 2026.
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Victor Faingnaert (28 mai 2026). Appel à communications – Étudier les idées politiques en contexte numérique. LPCM. Consulté le 18 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16ade